Composition du lait maternel  


La composition du lait maternel est toujours très étudiée, entre autre par les industriels qui tentent de le copier, et petit à petit il apparait que les très nombreux composants non seulement agissent pour leur propre compte mais aussi ensemble en synergie. De multiples composants (lactose, oligossacharides, lactoferrine ….) ont un double rôle, nutritionnel et immunologique.


Composition biochimique

Le lait maternel apporte tous les nutriments nécessaires à la croissance.

Les lipides ont à la fois un rôle de fournisseurs d’énergie et un rôle structural pour les membranes cellulaires. Les triglycérides en représentent la majeure partie (98%); parmi les autres composants lipidiques, se trouvent : du cholestérol, des phospholipides, des acides gras polyinsaturés appartenant aux familles des oméga 3 et 6, et entrant dans la composition des membranes neuro-sensorielles, dont ils conditionnent les propriétés  fonctionnelles (développement cognitif, performances visuelles...)
Des études récentes montrent que la concentration en cholestérol influence la programmation métabolique à long terme.
La concentration en lipides du lait augmente avec l’âge de l’enfant. Elle est peu dépendante, sur le plan quantitatif de l’alimentation maternelle. Sur le plan qualitatif, par contre, le profil en acides gras polyinsaturés (rapport oméga 3/ oméga 6) est influencé par l’alimentation maternelle.

Les glucides fournissent 40% de l’énergie au bébé par le biais du lactose surtout, accompagné d’une lactase qui favorise son métabolisme et également l’absorption du calcium. Les oligosaccharides regroupent plus de 130 sortes différentes et sont « les fibres naturelles du lait maternel » : hydrophiles, elles rendent compte de l’aspect spécifique des selles de l’enfant allaité (molles, jaunes d’or). Leurs rôles sont : substrats pour le microbiote intestinale (favorise l’implantation d’une flore bénéfique avec prédominance de lactobacillus, stimulant elle-même la maturation du système immunitaire), apport énergétique (métabolisées par cette flore en acides gras à chaînes courtes réabsorbés par le côlon), protection ant-infectieuse (se comporte comme des « leurres » pour certaines bactéries entéropathogènes, elles en empêchent la pénétration intestinale) .

Les protéines se décomposent en deux grandes catégories : la caséine qui est une molécule qui flocule en petites particules dans l’estomac du bébé permettant son assimilation rapide et les protéines solubles (faible poids moléculaire) du lactosérum qui rassemblent les enzymes digestives, les hormones, des acides nucléiques, des acides aminés libres, etc.

Les micronutriments
Le lait maternel contient également :

- des électrolytes (Na+, Ca 2+ , Phosphore, Magnésium, ...) en quantité parfaitement adaptés aux besoins et  à l’immaturité rénale du nourrisson.
- des oligoéléments (Fer, Cuivre, Zinc, Iode, Selenium) et des vitamines ; l’absorption de la plupart de ces substances est facilitée par la présence dans le lait d’un ligand (par exemple, lactoferrine pour le fer, haptocorine pour la vitamine B12…)

Néanmoins, le nourrisson allaité doit être supplémenté en vitamine D et en vitamine K (seulement pendant l’allaitement exclusif, pour la vitamine K) .


Composition immunologique

Le lait maternel protège l’enfant, en attendant que son système immunitaire soit mature (rôle passif) mais exerce également une stimulation de la maturation de l’immunité (rôle actif : comme par exemple stimulation de la croissance thymique, augmentation de la synthèse des anti-corps vaccinaux). Le lait maternel apporte des anticorps principalement de type IgAs (Immunoglobulines sécrétoires, de structure spécifique), ayant un rôle protecteur vis-à-vis des infections : elles occupent un rôle central au sein du cycle entéro-mammaire.  

Le lait contient une multitude d’autres facteurs immunologiques au rôle protecteur et/ou stimulant du développement du système immunitaire de l’enfant : cellules immunocompétentes (macrophages, lymphocytes), lactoferrine, lysozyme, oligosaccharides, interleukines, facteurs de croissance, etc.
Le lait maternel comporte aussi des facteurs anti-inflammatoires capables de lutter contre l’érosion des muqueuses, de favoriser leur régénération et d’empêcher la fixation des germes à leur surface.
Lors de la « montée de lait », les jonctions serrées qui unissent les lactocytes se ferment empêchant le passage dans le lait des grosses molécules et des bactéries. En parallèle, la fabrication du lait passe presqu’exclusivement par les cellules, voie active ou passive ( voir schéma mécanisme cellulaire ).


Variation de la composition du lait 

Le colostrum apporte en quelques gouttes facilement digérées les nutriments nécessaires à l’adaptation au milieu aérien septique. Il est riche en vitamines A et E, en protéines (parmi lesquelles les anticorps) et en cellules (nombreux lymphocytes maternels).

La composition du lait varie en fonction de l’âge du bébé, du moment de la journée et entre le début et la fin de la tétée pour s’adapter au mieux aux besoins du bébé. La composition du lait maternel et sa valeur nutritive ne varient pas en fonction de l’alimentation maternelle ( le lait est toujours « bon » ). Sur le plan quantitatif, la teneur en lipides est la composante la plus variable (en fonction du nycthémère, du début ou de la fin de la tétée) mais la quantité sécrétée sur 24h est constante. Sur le plan qualitatif, le profil des acides gras insaturés est influencé par le régime maternel.

Le lait maternel contient des flaveurs infinies en rapport avec l’alimentation maternelle.


Mécanisme cellulaire de la fabrication du lait

Lors de la « montée de lait », les jonctions serrées qui unissent les lactocytes se ferment empêchant le passage dans le lait des grosses molécules et des bactéries. En parallèle, la fabrication du lait passe presqu’exclusivement par les cellules, voie active ou passive.


Schéma mécanisme cellulaire

  • Textbook for human lactation, Hale and Hartman, Hale Publishing 2007
  • Immunobiology of human milk, Lars A. Hanson, Pharmasoft Publishing.2004
  • Breastfeeding: a guide for the medical profession, R. Lawrence, Elsevier Mosby 2010
  • Core Curriculum for lactation practice,  R.Mannel, P.J Martens, M.Walker, ILCA, 2008
  • Biologie de l’allaitement, M.Beaudry, S. Chiasson, J.Lauzière. PUQ 2006

 

 
Le cycle entero-mammaire
 

Le cycle entero-mammaire décrit l’un des mécanismes par lequel l’enfant allaité se trouve protégé vis-à-vis d’une infection :
  • La mère et l’enfant, partageant le même environnement, sont exposés aux mêmes germes (bactéries ou virus). Par exemple, lorsque la mère est contaminée, par voie digestive par une bactérie, cette dernière après avoir passé la barrière entérocytaire rentre immédiatement en contact avec les cellules immunocompétentes, les lymphocytes B qui commencent à sécrèter des anticorps de type IgA, spécifiques de cette bactérie. Ces lymphocytes remontent, via le canal lymphatique puis la circulation sanguine jusqu’à la glande mammaire : en traversant les lactocytes, les IgA reçoivent une pièce sécrètoire. On les désigne alors d’IgAs pour IgA Sécrètoire.
  • Les IgAs sont alors déversées dans le lait maternel.
  • L’enfant va ingérer probablement la même bactérie que sa mère mais puisqu’il boit son lait, il ingère simultanment le germe et l'anticorps spécifique de ce germe : ainsi sera-t-il protégé vis-à-vis de la maladie contractée par sa mère (il pourra soit rester indemne, soit être atteint d’une forme atténuée).

En pratique, lorsque la mère contracte une maladie infectieuse (GEA, virus respiratoire...) il n’y a pas lieu d’interrompre l’allaitement qui, bien au contraire, doit être poursuivi.